David Gribble : Education for Freedom Respect Children
     
Respect Children

 

The David Gribble Archive : Talks

Ecarts culturels, ressemblance pédagogique

L'éducation libertaire dans différents pays

Strasbourg, 2003
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Happy at School : L'éducation libertaire Les Japonais permettent au petits enfants d'explorer le monde, pendant que les Occidentaux essaient d'inculquer la différence entre le bien et le mal.

Les Japonais valorisent l'omaiyari, tandis que nous, nous estimons la clarté d'expression.

Pour les Occidentaux la logique est plus importante que la compréhension; pour les Japonais, c'est l'inverse.

Les Japonais aspirent à s'harmoniser, les occidentaux aspirent à se distinguer.

Les Japonais valorisent l'uniformité générale, alors que nous, on respecte les différences individuelles.

La hiérarchie est d'une importance fondamentale au Japon; en Occident la valeur qui a cette importance, c'est l'égalité.

Vous voyez que les idées sont rangées à gauche et à droite selon leur compatibilité avec les idées de l'éducation libertaire, mais dans un ordre contraire – à gauche les idées les plus compatibles sont en haut, mais à droite elles se trouvent en bas. J'y reviendrai.

Allons à Chicago. Quand je suis arrivé à l'aéroport je portais une veste rouge. L'ami qui m'avait invité m'a regardé anxieusement et puis il a dit, 'Ça va probablement aller parce que tu as les cheveux blancs.' Autrement, m'a-t-il expliqué, on aurait pu tirer sur moi, parce qu'une veste rouge est l'uniforme d'une des bandes de gangsters, et si on la porte dans un territoire qui appartient à une autre bande, on risque d'être tué.

Un élève de lycée m'a décrit la situation ainsi: 'Dans une bande, une fois que tu dépasses vingt-et-un ans tu deviens un des grands, tu deviens pour ainsi dire plus sage, tu ne leur sers plus à rien, parce que tu es déjà vieux, tu vois ce que je veux dire? Tu ne peux plus être soldat. La plupart des soldats sont tous des jeunes, onze ans, c'est ça, dix, douze, treize ans, vraiment de jeunes enfants qui sont là et qui se tuent pour une rue qui ne leur appartient même pas. Ils se battent sans savoir pour quoi ils se battent.'

Le directeur du lycée m'a parlé de ses difficultés. En voici une.

'Les bandes,' a-t-il dit, 'offrent beaucoup plus que nous, nous pouvons offrir. Ils offrent quatre ou cinq cent dollars par nuit ou même plus, pour vendre des drogues ou pour les transporter. . . Qui peut faire aussi bien?'

Pour les filles c'est le problème du viol. Il y avait plusieurs bébés au lycée et des filles enceintes. Quelques unes avaient des partenaires et habitaient peut-être avec eux, mais celles qui avaient été dans une bande avaient dû subir un viol, quelquefois un viol multiple, et c'était même parfois un devoir régulier quand la bande s'assemblait.

Pour les anglophones de Chicago les Portoricains étaient des immigrants qu'ils ne voulaient pas recevoir. On les traitait tous comme des inférieurs, et on méprisait les jeunes. Les jeunes ont formé des bandes pour gagner non seulement de l'argent mais aussi pour acquérir une sorte de dignité.

Alberto Campos a été fondé en 1972 par des enseignants portoricains qu'on avait renvoyés du grand lycée du quartier parce qu'ils avaient parlé espagnol avec les nouveaux arrivants qui ne parlaient pas anglais. Les Portoricains du lycée se sont révoltés. On a appelé la police (et la police de Chicago est connue pour sa violence) et par la suite il y a eu des émeutes dans tout le quartier. On a dû fermer le lycée pendant huit jours. On a réprimé les émeutes et le lycée a rouvert ses portes avec des enseignants qui ne parlaient qu'anglais. Mais, ils ne se sont pas tous résignés, et un petit groupe de jeunes et d'adultes s'est réuni tous les jours dans une cave sous une église. D'abord il n'y avait que huit élèves, et ils avaient presque tous des problèmes avec la drogue, avec leurs familles ou avec les bandes ou même avec les trois.

Quand j'ai visité le lycée en l'an 2000 il y avait soixante élèves qui travaillaient au premier étage d'une vieille usine. Les problèmes n'apparaissaient pas de façon manifeste, mais à la fin de la journée tous les enseignants devaient rester sur le trottoir devant le lycée jusqu'à ce que tous soient partis, pour empêcher les vendeurs de drogues et les gangsters de s'approcher. On m'a dit que pendant la semaine qui a suivi ma visite une voiture est passée devant ce groupe d'élèves et de professeurs avec un gangster à bord, armé d'un fusil, qui cherchait à tuer un des élèves, que sa bande avait mis dans la catégorie "KOS", c'est à dire "Kill on sight" ("Tirer à vue et tuer"). La situation autour du lycée, qui s'est améliorée depuis ce temps-là, était encore très dangereuse à l'époque.

Dans les lycées d'état il y avait des détecteurs de métaux à l'entrée et des gendarmes armés dans les couloirs, mais il y avait quand même beaucoup de violence et de menaces, comme en ont témoigné quelques uns des élèves que j'ai interviewés. L'un d'entre eux m'a dit, 'Il y avait trop de bandes. Trop de violence. Moi, on m'a tabassé deux fois. C'est pour ça que ma mère m'a retiré de ce lycée. Elle ne voulait pas que je meure.'

En janvier 2001 ma femme et moi, nous sommes allés à Delhi pour visiter Butterflies, cette association qui s'occupe d'enfants de la rue. Il faisait très froid. La première nuit nous avons grelotté tout habillés sous trois couvertures. Le lendemain on nous a montré l'un des endroits où dormaient les enfants – c'était sur le toit de la gare.

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