David Gribble : Education for Freedom Respect Children
     
Respect Children

 

The David Gribble Archive : Talks

Ecarts culturels, ressemblance pédagogique

L'éducation libertaire dans différents pays

Strasbourg, 2003
Page 3

Happy at School : L'éducation libertaire Les enfants doivent travailler pour gagner leur vie. Il y en a de très jeunes - cinq, six ans. Ils ramassent des guenilles, ils cirent les chaussures, ils portent des bagages, ils aident les marchands qui tiennent des étals dans les marchés. Ils gagnent juste assez pour survivre. Quand j'ai demandé à un jeune garçon d'à peu près dix ans ce qu'il comptait faire l'année prochaine il m'a répondu poliment et a ajouté, 'Si je suis encore en vie.'

À Delhi la pauvreté est monstrueuse. Il y a des gens qui dorment sur la bande étroite qui sépare les deux chaussées des grandes avenues - et c'est difficile d'y trouver de la place.

Les enfants souffrent non seulement de la pauvreté. On les escroque, on refuse de les payer, on les bat, on leur donne des drogues, on les soumet à des abus sexuels. Ceux dont ils ont le plus peur, selon des recherches qu'a faites Butterflies, ce sont les parents, quand ils sont ivres, et la police.

Pour les filles qui ne sont plus des enfants, il n'y a pas d'emploi dans les rues sauf la prostitution. On ne respecte pas les filles; c'est difficile pour n'importe qui de traverser les grandes avenues à Delhi – pour les petites filles c'est presque impossible, parce que personne ne fait attention à elles.

Butterflies emploie un médecin qui a un autobus comme cabinet. Je lui ai demandé quelles étaient les maladies les plus fréquentes qu'il devait traiter. C'étaient des maladies de peau, des problèmes de respiration causés par la pollution et le tabac, l'hépatite B, la gonorrhée, la syphilis et d'autres maladies transmises sexuellement. Le plus âgé de ces malades avait seize ans, et la majorité était beaucoup plus jeune. Je lui ai demandé s'il n'était pas désespéré, et il a répondu que le désespoir n'est pas une option: il y a un problème qui existe et on doit faire de son mieux pour le régler. On ne peut pas l'ignorer.

En Angleterre bien sûr c'est tout à fait différent. Je n'ai pas besoin de vous décrire la culture de ce pays; bien qu'il y ait des différences, les valeurs sont à peu près les mêmes qu'en France. A Sands School on trouve en général ou bien des jeunes qui ont échoué dans le système officiel en raison de problèmes scolaires ou sociaux, ou bien des enfants de parents qui ne sont pas satisfaits par ce système. Ceux-ci sont nombreux partout dans le monde occidental. Il n'y a rien d'extraordinaire à cela.

Voilà en ce qui concerne les écarts culturels. Mais, avant de discuter les points communs, je dois indiquer certaines différences entre les institutions que je vais décrire.

A Sands les élèves ont pour la plupart entre onze et seize ans. Il y en a à peu près soixante-dix. Le lycée Albizu Campos a presque autant d'élèves, mais ils ont entre seize et vingt et un ans. Les enfants de Butterflies ont tous moins de seize ans, et il y en a qui sont très jeunes. A Tokyo Shure il y a cent élèves de tous les âges.

A Albizu Campos il y a un horaire obligatoire, à Sands il y a un emploi du temps mais on peut choisir les matières qu'on veut étudier, Tokyo Shure a un emploi du temps où l'on trouve des matières que les élèves ont demandées, l'école est ouverte de dix heures du matin jusqu'à sept heures du soir et on y va quand on veut. Butterflies n'a même pas de salles de classe; tout le matériel scolaire est entreposé dans de grandes malles que l'on apporte dans des lieux déterminés, dans les marchés ou dans les parcs, et tout enfant qui le désire peut venir prendre ce qui l'intéresse.

Les écarts culturels, sociaux et scolaires semblent tellement grands que tout trait commun paraît exclu. Pourtant il en existe un, tout à fait fondamental. Une institutrice indienne m'a dit que c'était plus facile pour elle de parler avec moi, qui suis anglais, que de parler avec la plupart de ses compatriotes, et je me suis rendu compte que j'aurais pu dire la même chose en ce qui concerne mes propres compatriotes. Partout dans le monde de l'éducation libertaire on a le même point de départ. Ce point est très clair: partout, les enfants et les jeunes sont respectés.

Ça devient manifeste si l'on considère la liste des différences entre les Occidentaux et les Japonais. Il y a trois groupes de contrastes - ceux où les Japonais montrent le plus de respect pour les jeunes, ceux qui n'ont rien à voir avec le respect et ceux où les Occidentaux montrent le plus de respect.

Si l'on considère la bonté naturelle et le péché originel il est bien évident que les Japonais font confiance aux enfants, et les Occidentaux s'en méfient.

On passe au deuxième contraste. Les petits Japonais apprennent en jouant; ils découvrent ce qui leur fait plaisir et ce qui fait plaisir aux autres, et aussi ce qui leur déplaît. En Occident on croit devoir leur apprendre à bien se tenir en les grondant et en les punissant. Quand j'ai enseigné dans ce qu'on appelle une 'public school' en Angleterre, c'est-à-dire une école privée et très chère, je me suis disputé avec un autre professeur à propos de la nécessité de ce procédé. 'Mais,' a-t-il dit, 'si on ne leur explique pas la différence entre le bien et le mal, comment est-ce qu'ils vont le savoir?'

Au Japon on considère que tout enfant est naturellement bon sans avoir reçu aucune éducation, et que ce n'est qu'en grandissant que la pureté de l'enfant se corrompt. En Occident on croit l'inverse. C'est au Japon que les enfants sont respectés; en Occident on les traite comme des petits animaux qu'on doit domestiquer.

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