David Gribble : Education for Freedom Respect Children
     
Respect Children

 

The David Gribble Archive : Talks

Ecarts culturels, ressemblance pédagogique

L'éducation libertaire dans différents pays

Strasbourg, 2003
Page 4

Happy at School : L'éducation libertaireOn en vient maintenant à l'omaiyari (la compréhension par empathie) et aux idées clairement explicitées. Il me semble que les deux sont importants. Les Français surtout aiment la clarté d'expression - c'est du moins leur réputation en Angleterre - et les Orientaux aiment comprendre sans parler. Quand on discute en France, il semble à un étranger que tout le monde parle en même temps, même à la radio, et c'est presque impossible de comprendre quoi que ce soit. Les mots tombent à une vitesse incroyable. Quand on discute au Japon il y a souvent de longs silences. On ne parle que quand on a bien digéré tout ce que les autres ont déjà dit. On essaie d'abord de comprendre en silence. J'aime les deux façons de discuter. C'est dommage qu'on ne trouve pas les deux dans une même culture.

L'empathie et la logique se distinguent d'une autre façon. Il y a un mot en japonais - 'tatamae' - qui n'existe dans aucune langue européenne. Il veut dire la vérité, mais pas la vérité comme nous la definissons; c'est une vérité qui ne correspond pas à la réalité mais aux besoins des parties qui discutent. C'est une espèce de compromis avec la vérité qui satisfait tout le monde. La logique ne permettrait pas un tel compromis. Est-ce que c'est plus important de tenir à la logique parfaite et donc de discuter éternellement, ou d'accepter des accommodemements avec la vérité et de satisfaire tout le monde? Moi, je préfère la vérité absolue. C'est même la devise de ma famille - veritas prevalebit, la vérité l'emportera. Mais plus on va vers le sud, plus on trouve que les relations sociales doivent l'emporter sur la vérité. Quand un commerçant en Amérique du Sud dit, 'Je serai là demain à onze heures,' il veut dire, 'Je serai là demain, peut-être avant le déjeuner, pourvu que je ne rencontre aucun autre ami et que toute ma famille aille bien et que je n'aie rien d'autre à faire qui me paraisse plus important.' Les affaires sociales ont plus d'importance que les affaires commerciales. Et quoique j'aime la vérité et aussi la ponctualité, il me semble que les gens du sud ont quelquefois raison. On a besoin de l'empathie et de la logique, de l'une comme de l'autre.

Maintenant nous en arrivons à l'opposition entre la tendance à s'harmoniser et la tendance à se distinguer. Pour les Japonais, le conformisme, c'est la vertu. On ne respecte pas du tout l'individu. En Occident, par contre, on valorise les individus qui se distinguent.

Au Japon on croit que tout le monde se ressemble. Un enfant qui ne réussit pas à l'école est donc paresseux. Nous, nous croyons que chacun a des besoins différents.

Et pour finir on trouve la hiérarchie et l'égalité. Dans les deux cas il est encore question de respect, mais au Japon on doit respecter ses supérieurs et en Occident on doit respecter tout le monde.

Ce qui est extraordinaire, c'est que dans les écoles que je décris on trouve les deux premières caractéristiques japonaises et les trois dernières caractéristiques occidentales. C'est un vrai mélange culturel.

Il faut ajouter entre parenthèses qu'en Occident on n'englobe pas en général le respect pour les enfants dans le respect pour tout le monde. On exige des jeunes un degré de conformisme qui serait ridicule pour un adulte. Ils doivent tous étudier les mêmes matières au même âge et on ne leur laisse pas beaucoup de temps pour faire autre chose. En Angleterre on est très attaché aux uniformes scolaires et sur les portes des restaurants on lit souvent 'Interdit aux chiens et aux enfants.' En respectant les enfants aussi, la pédagogie libertaire incarne dans toute sa rigueur la logique des valeurs occidentales.

Comment est-ce que ce principe se manifeste pratiquement dans les quatre environnements que j'ai choisis?

Le plus conventionnel, c'est Albizu Campos à Chicago. Les élèves sont venus parce qu'ils veulent échapper au choix entre le crime et la pauvreté. Il y a donc un emploi du temps et il y a un système de crédits pour obtenir un certificat qui leur permettra d'entrer dans un institut professionel ou dans une université ou au moins de trouver un emploi intéressant. Deux fois par semaine on organise une heure de classe qui s'appelle 'Unité' où tous se rassemblent pour discuter les affaires du lycée. On enseigne l'histoire et la culture portoricaine et mexicaine, mais par ailleurs le programme n'a rien de spécial. De temps à autre on participe à une manifestation pour la libération des prisonniers politiques portoricains par exemple, ou contre l'embourgeoisement du quartier qui rend le logement plus cher, ce qui exclut les Portoricains pauvres. On proteste aussi contre la façon dont la police traite les jeunes. (Elle est d'ailleurs quelquefois vraiment meutrière; il leur arrive par exemple de conduire un jeune dans un quartier qui appartient à une autre bande et de le lâcher dans la rue en criant 'Come and get him!' ) Les élèves et les professeurs travaillent aussi dans la communauté en montant des pièces de théâtre sur le SIDA, par exemple, ou sur quelque autre problème local.

'Allez, attrapez-le!'

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